Ces allégations trompeuses peuvent être illégales au regard du droit européen de la consommation**. Le greenwashing ralentit la transition énergétique, maintenant les consommateurs prisonniers de la volatilité des prix des combustibles fossiles, alors qu’ils sont déjà aux prises avec une nouvelle crise énergétique. Il permet également aux entreprises de facturer aux consommateurs un supplément pour des produits « verts »***, ce qui coûte cher aux consommateurs et désavantage injustement les entreprises qui font de réels efforts en matière de durabilité. 

Ces allégations comprennent : 

  1. Des allégations écologiques génériques et des allégations de « halo » de durabilité que les entreprises visées utilisent pour promouvoir des produits énergétiques « verts » qui incluent du gaz fossile. Les entreprises mettent également en avant leur image « verte » en s’appuyant sur des investissements dans les énergies renouvelables, bien que ceux-ci soient marginaux par rapport à l’ensemble de leurs activités et qu’ils ne conduisent pas à l’abandon progressif des combustibles fossiles.
  2. Les promesses de performances environnementales futures concernant des objectifs tels que la neutralité carbone, alors même que l'on continue d'investir massivement dans le développement des énergies fossiles. Les arguments de compensation carbone selon lesquels certaines entreprises (par exemple ENGIE) affirment que les émissions liées au gaz sont compensées par des investissements dans des projets liés au climat menés ailleurs (par exemple, des plantations forestières), ce qui est scientifiquement infondé.
  3. Des allégations comparatives trompeuses (par exemple de TotalEnergies) qui présentent le gaz fossile comme vert ou comme ayant des émissions de CO2 inférieures à celles des autres combustibles fossiles. Cela omet de mentionner que le gaz fossile émet toujours beaucoup de CO2 lorsqu’il est brûlé, et que sa production et son transport entraînent des fuites de méthane, un gaz à effet de serre très puissant. Au total, cela peut avoir un impact climatique similaire ou supérieur à celui du charbon ou du pétrole.

Agustín Reyna, directeur général du BEUC, a déclaré : « Certaines des principales entreprises énergétiques européennes induisent les consommateurs en erreur quant à leur véritable impact climatique. Ce greenwashing empêche les consommateurs de distinguer les fournisseurs d’énergie qui s’éloignent véritablement des combustibles fossiles de ceux qui ne le font pas ou qui le font trop lentement. Les consommateurs paient également un supplément pour des offres d’énergie verte qui ne sont vertes que de nom. Cela nuit à l’environnement, mais engendre également une incertitude qui dissuade les consommateurs de se tourner vers les technologies propres, telles que les pompes à chaleur ou les panneaux solaires. En fin de compte, le greenwashing retarde la transition énergétique, condamnant les consommateurs à des prix élevés et volatils pour les combustibles fossiles. Et ce, alors que ce sont les consommateurs qui paient la facture d’une nouvelle crise liée aux combustibles fossiles. Nous attendons des autorités qu’elles interviennent pour mettre fin à ces pratiques trompeuses et qu’elles ouvrent une enquête à l’échelle du secteur. Ces entreprises devraient également rembourser les consommateurs à qui l’on a facturé une « prime verte » ou à qui l’on a vendu des produits à base de combustibles fossiles sur la base d’allégations trompeuses ».

 Eric Adachowsky, president de la CLCV, a indiqué que : « Les consommateurs sont en attente d'engagements environnementaux des professionnels. Il est inacceptable que ces engagements puissent être trompeurs ».

Nous appelons les autorités à :

  1. Exiger des commerçants visés qu’ils cessent d’utiliser des allégations marketing « vertes » trompeuses. Elles devraient surveiller l’utilisation de ces allégations et infliger des amendes aux entreprises si celles-ci continuent à les utiliser.
  2. Demander aux entreprises visées d’indemniser les consommateurs pour avoir facturé des prix plus élevés pour des contrats d’énergie « verte » ou des produits à base de combustibles fossiles sur la base d’allégations  écologiques trompeuses. 
  3. D'informer les consommateurs que, malgré les investissements des entreprises dans des projets de protection du climat, ceux-ci ne doivent pas être présentés comme compensant les émissions de l'entreprise ou celles de ses produits à base de combustibles fossiles.

Nos recherches révèlent que le greenwashing est un problème à l'échelle du secteur, c'est pourquoi nos membres ont également déposé des plaintes en parallèle visant des négociants en énergie opérant au niveau national.

Contexte

Les consommateurs s’inquiètent des conséquences importantes du changement climatique et souhaitent de plus en plus agir. Selon une enquête auprès des consommateurs réalisée par le BEUC en 2023, 79 % des personnes interrogées ont déclaré faire des efforts pour réduire leur empreinte environnementale, notamment en matière de consommation d’énergie, et accordent une attention accrue aux allégations écologiques. Parallèlement, les fournisseurs d’énergie recourent de plus en plus au marketing vert pour influencer les choix des consommateurs.

En tant que secteur hautement polluant, les fournisseurs d'énergie doivent faire preuve de prudence lorsqu'ils avancent des allégations en matière de durabilité. Leurs activités continuent d'avoir un impact négatif considérable sur l'environnement, car ils restent fortement dépendants des combustibles fossiles, qui contribuent de manière majeure au changement climatique.

En savoir plus, lire le Report Switching off Greenwashing.pdf

* CECU (Espagne), CLCV et Que Choisir Ensemble (France), Consumentenbond (Pays-Bas), Consumatori Italiani per l'Europa (Italie), DECO (Portugal), EKPIZO et KEPKA (Grèce), Federacja Konsumentów (Pologne), Forbrugerrådet Tænk (Danemark), Spoločnosť ochrany spotrebiteľov (Slovaquie), Verein für Konsumenteninformation (Autriche) et le BEUC pour la Belgique.

** La directive européenne sur les pratiques commerciales déloyales interdit les allégations fausses ou trompeuses ainsi que l'omission d'informations essentielles, tandis que la directive sur l'autonomisation des consommateurs dans la transition écologique interdit les allégations écologiques génériques, ainsi que les allégations de compensation sur les produits.

*** Par exemple, dans le cas d’ENGIE, cela peut varier de 0,75 € à 15 € par mois en fonction de la part de gaz vert incluse dans l’offre, plus des frais de 3 € par mois. 100 litres de fioul TotalEnergies Bio Premium Thermogreen coûtent 17 € de plus que le fioul standard. Le fioul danois Shell Eco Ultra coûte près de 7 € de plus aux 1 000 litres.