Nous dénonçons le fait que nombre de ménages sont très captifs du chauffage au gaz alors même qu’il est envisagé une nette réduction de son usage et de son réseau de distribution. Pour passer à une autre énergie, la CLCV demande la mise en place d'une politique publique forte d’accompagnement des particuliers.

Anticiper la hausse des prix pour protéger les usagers

Le gaz est une énergie du passé, pour d’évidentes raisons environnementales mais aussi parce qu’il est soumis aux forts aléas géopolitiques observés au cours de la présente décennie.

En outre, la baisse déjà installée et inéluctable de la consommation de gaz (- 18 % entre 2022 et 2025*) induit une équation économique très claire : le maintien d’un réseau national de gaz présente un coût fixe et, avec la baisse de consommation, le prix facturé croît immanquablement. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a déjà intégré cette tendance en décidant, principalement pour cette raison, d’une augmentation de 21,5 % du coût du réseau de gaz dans son tarif repère sur les années 2024-2027.

À plus longue échéance, les abonnés qui resteront le plus longtemps au gaz feront face à un syndrome très pénalisant, puisqu’ils devront financer l’intégralité du coût du réseau en étant peu nombreux.

Si à la forte augmentation du coût du réseau on ajoute l’évolution de la parafiscalité (ETS – régime des quotas) et les réguliers coups de fièvre sur les marchés de gros dus à l’aléa géopolitique, il ne nous semble pas raisonnable de concevoir le gaz comme une énergie bon marché dans la durée.

Enfin, le développement du biogaz, qui est un fait positif, ne devrait pas parvenir à se substituer au gaz pour chauffer des millions de Français à un coût raisonnable. En veillant à maîtriser l’ensemble de ses impacts, il constitue une solution locale d’appoint intéressante (pour des réseaux de chaleur ou de l’appoint pour la production électrique par exemple). Il ne saurait justifier le maintien d’un réseau national de distribution de gaz, une telle perspective induirait en effet un très fort surcoût pour l’usager.

Pour l’intérêt général et dans l’intérêt des usagers, nous estimons qu’il faut une préparation active et un accompagnement de la fin du chauffage au gaz.

Pour une sortie accompagnée et planifiée du chauffage au gaz

Nous articulons cette préparation autour d’un objectif générique : faire en sorte qu’individuellement et collectivement, le prochain renouvellement d’équipement ne soit pas au gaz.

Cet objectif relève d’un pragmatisme de transition. S’il n’est pas raisonnable de remplacer des équipements avant leur fin de vie et de leur amortissement financier, le moment de leur renouvellement est décisif. S’engager à nouveau dans la voie du gaz serait préjudiciable à l’environnement et économiquement risqué au regard de la durée de vie des équipements. En effet, si cette énergie peut paraître abordable à court terme, elle ne le sera probablement plus sur un horizon de 20 ans pour les raisons exposées.

En soi, cette mutation implique de s’orienter vers les pompes à chaleur, les chauffages électriques les plus efficients ou les réseaux de chaleur à contenu décarboné. Ces changements ne sont pas aisés car ils peuvent présenter un coût d’investissement important et potentiellement rédhibitoire pour des particuliers.

Les pouvoirs publics doivent donc mobiliser des ressources pour aider à ce type de changement. Il faut souligner qu’il s’agit de ressources publiques bien employées puisqu’il serait bien plus coûteux de maintenir à l’infini un réseau national de gaz. La politique publique en faveur de la rénovation garde une place importante puisqu’il est aussi très utile de diminuer sa consommation d’énergie primaire.

Le logement social est en première ligne : le chauffage au gaz y concerne 57 % des foyers, soit une proportion bien supérieure à la moyenne française (35 %).

La CLCV demande le soutien financier et technique des pouvoirs publics pour cette mutation. Nous demandons aussi que les associations de consommateurs et de locataires soient associées aux décisions publiques qui seront prises concernant l’avenir du réseau de gaz.

*Source https://www.connaissancedesenergies.org/la-consommation-de-gaz-toujours-en-baisse-un-risque-de-hausse-des-tarifs#:~:text=La%20consommation%20brute%20de%20gaz%20en%20France%20a%20chut%C3%A9%20de,gazier%20se%20pose%20%C3%A0%20nouveau.

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