Lire notre enquête : Recharge publique des véhicules électriques la loterie des tarifs.pdf
Des écarts de prix importants selon le mode d’accès
Pour une même recharge en courant alternatif triphasé, un automobiliste peut payer
0,36 €/kWh en accès direct ad hoc, tandis que les prix facturés via certains opérateurs de mobilité (via une carte ou application mobile) peuvent atteindre 1,033 €/kWh, soit un écart pouvant approcher
+ 190 %. À titre d’illustration, dans le département du Nord, la différence entre le tarif moyen en accès direct et celui pratiqué via les opérateurs de mobilité (MSP) atteint 45 %. Cette situation s’apparente à une véritable « loterie tarifaire » : deux automobilistes rechargeant sur une même borne peuvent payer des montants très différents en fonction du seul mode d’accès utilisé. Le choix d’un badge ou d’une application devient ainsi un déterminant majeur du prix final.
Des disparités territoriales et locales marquées
Pour un même réseau et dans un même département, les écarts entre le tarif minimum et le tarif maximum observés peuvent atteindre plus de 200 % dans certains cas. Ainsi, dans les Alpes-Maritimes, les tarifs observés sur des bornes 22 kW au sein d'un même réseau de recharge varient de
0,328 €/kWh à 1,162 €/kWh, soit un écart de 255 %. Dans les Hauts-de-Seine, ils s’échelonnent de 0,270 €/kWh à 0,960 €/kWh pour un autre opérateur, soit également un écart de 255 %. Cette situation crée des inégalités d’accès aux tarifs les plus avantageux et contribue à renforcer les disparités territoriales.
Des tarifs trop complexes et peu lisibles
La recharge publique repose sur une multiplicité de modes de facturation : prix au kWh, à la minute, forfait par session, auxquelles peuvent s’ajouter des frais annexes (frais de connexion, de stationnement ou d’itinérance). Cette complexité rend la comparaison difficile et empêche souvent le consommateur de connaître à l’avance le coût réel de sa recharge. À la différence des carburants, dont les prix sont affichés de manière homogène et directement comparables, la recharge électrique reste marquée par un déficit de transparence et de lisibilité.
Nos demandes
« Les résultats accablants de cette étude montrent que le marché de la recharge des véhicules électriques est insuffisamment régulé par les pouvoirs publics. Une reprise en main s’impose », a déclaré pour l’occasion le président de la CLCV Éric ADACHOWSKY.
Face à ces constats, la CLCV appelle à un renforcement de la transparence et de la lisibilité des prix de la recharge publique. Malgré l’existence d’un cadre européen, les conditions d’accès et d’affichage des prix restent aujourd’hui peu lisibles pour les usagers. Si des obligations existent, notamment en matière d’information préalable, leur effectivité demeure inégale selon les réseaux et les territoires. Ces exigences doivent non seulement être pleinement respectées, mais également renforcées et harmonisées, notamment pour les bornes de puissance inférieure à 50 kW, qui représentent la majorité du parc de bornes ouvertes au public. La CLCV demande la généralisation de moyens de paiement simples et universels, dont le paiement par carte bancaire, afin de limiter le recours contraint à certaines applications ou badges et de faciliter l’accès à la recharge pour l’ensemble des usagers. Les écarts entre les tarifs directs et ceux pratiqués via les opérateurs de mobilité doivent également être rendus visibles et directement comparables.
Nous demandons une simplification des structures tarifaires. La généralisation du prix au kWh comme référence principale constitue un levier essentiel pour permettre aux usagers de comprendre et de maîtriser le coût de leur recharge. Enfin, nous souhaitons la mise en place d’un suivi national des prix. Celui-ci apparaît nécessaire afin d’identifier les situations de dérive tarifaire et de réduire les inégalités territoriales.
Lire notre enquête : Recharge publique des véhicules électriques la loterie des tarifs.pdf
Crédit photo : © MWhan - stock.adobe.com