L’acide trifluoroacétique (TFA) appartient à la famille des PFAS (substances per et polyfluoroalkylées). Il se distingue par sa très petite taille et sa structure simple, qui le rendent très mobile dans l’air, l’eau et l’environnement. Particulièrement stable en raison de la liaison carbone-fluor, très difficile à rompre dans sa structure chimique, il se dégrade très lentement dans l’environnement. On le retrouve dans les rivières, nappes phréatiques et dans l’eau potable. La contamination en TFA provient principalement de rejets directs ou de la dégradation d’autres PFAS, notamment certains gazs perfluorés (comme les hydrofluorocarbures utilisés comme réfrigérants dans les réfrigérateurs) ou des pesticides fluorés utilisés en agriculture.
Alertes sur sa présence dans l’eau du robinet
En janvier 2025, une étude de Générations Futures et l’UFC-Que Choisir alerte sur la présence généralisée du TFA dans l’eau du robinet. Il a été détecté dans 24 prélèvements sur 30.
Dans 20 prélèvements, les concentrations mesurées dépassent la limite de 100 ng/L, valeur de référence applicable aux pesticides et à leurs produits de dégradation jugés pertinents (un métabolite ou produit de dégradation est jugé pertinent s’il y a lieu de considérer qu’il pourrait engendrer un risque inacceptable pour la santé du consommateur). 100ng/L correspond également à la limite de qualité pour la somme des 20 PFAS dans la directive européenne sur l’eau potable, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2026.
Cette alerte fait écho à des travaux antérieurs : le Réseau européen d’action contre les pesticides (PAN Europe) avait déjà signalé, dans une étude publiée en mai 2024, une contamination de l’eau potable par le TFA dans plusieurs pays européens.
Omniprésence dans l’eau potable confirmée par l’ANSES
Les résultats de la campagne nationale menée par l’ANSES entre 2023 et 2025 confirment la présence très répandue du TFA dans l’eau en France. Sur l’ensemble du territoire, 92 % des échantillons analysés — eaux brutes comme eaux destinées à la consommation humaine — contenaient du TFA.
La concentration médiane mesurée est d’environ 780 ng/L, avec des valeurs maximales pouvant atteindre 25 000 ng/L dans certaines zones pour l’eau traitée.
Toutefois, selon l’ANSES, aucune eau potable analysée ne dépassait 60 µg/L, valeur sanitaire indicative provisoire retenue par la Direction générale de la Santé (DGS).
Au vu de ces résultats, l’ANSES souligne que certains PFAS devraient être intégrés à la surveillance pérenne de l’eau, et cite explicitement le TFA.
Que prévoit la réglementation ?
Au niveau européen, depuis le 1er janvier 2026, la nouvelle directive européenne sur l’eau potable rend obligatoire le contrôle de 20 PFAS dans l’eau destinée à la consommation humaine. La somme de ces 20 substances ne doit pas dépasser 0,10 µg/L (100 ng/L), et les autorités doivent procéder à des analyses régulières pour vérifier le respect de cette limite.
Le TFA ne fait pas partie, à ce stade, de la liste des 20 PFAS visés par cette directive européenne. En France, il sera intégré aux contrôles de l’eau potable à partir du 1ᵉʳ janvier 2027.
Cette obligation est prévue par le décret n° 2025-1287 du 22 décembre 2025, relatif à la sécurité sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine, pris en application de la loi n° 2025-188 du 27 février 2025. Les Agences régionales de santé (ARS) seront chargées de ce contrôle. Cette décision s’appuie notamment sur les résultats de la campagne nationale menée par l’ANSES, qui a mis en évidence la présence généralisée du TFA dans l’eau.
Dans son avis rendu en juillet 2024, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a préconisé de solliciter l’ANSES afin d’élaborer en urgence une valeur sanitaire de gestion pour le TFA.
Dans l’attente des travaux européens menés par l’EFSA, dont les résultats sont attendus à l’été 2026, une valeur sanitaire indicative de 60 µg/L a été retenue, avec un objectif plus protecteur fixé à 10 µg/L.
Pourquoi le TFA est-il préoccupant ?
Son contrôle et sa surveillance sont essentiels pour anticiper un risque sanitaire à long terme et mieux protéger les ressources en eau. Sur le plan sanitaire, les connaissances scientifiques sur le TFA restent encore partielles. Toutefois, il est soupçonné d’être toxique pour le foie, toxique pour la reproduction et pourrait également avoir des effets de perturbation endocrinienne.
Cette incertitude toxicologique constitue en elle-même un enjeu, car les niveaux d’exposition de la population augmentent, alors qu’aucune valeur sanitaire définitive n’est encore établie.
Par ailleurs, le TFA provient de la dégradation de nombreux PFAS et de pesticides fluorés. Ainsi, même lorsque certaines substances sont progressivement retirées du marché, le TFA continue de se former et de s’accumuler dans l’environnement.
De plus, les traitements classiques des stations de production d’eau potable ne permettent pas de l’éliminer efficacement, ce qui en fait un polluant particulièrement persistant et difficile à maîtriser.
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