L'essentiel à retenir

  • Prix en hausse : la facture d'eau s'alourdit à cause de la pollution et de réseaux vétustes. La CLCV dénonce des abonnements fixes pouvant atteindre 156 €/an, même sans consommation.
  • Pollueurs-Payeurs : les ménages paient 75 % des redevances, alors qu'ils ne sont pas les principaux pollueurs. La CLCV exige que les industriels et l'agriculture intensive assument le coût de la dépollution.
  • Santé et pollution : face aux PFAS et aux pesticides, la CLCV réclame une transparence totale sur la qualité de l'eau du robinet et l'application stricte du principe de précaution.
  • Priorité sociale : la CLCV demande le passage de la TVA à 5,5 % sur l'assainissement et la mise en place d'une tarification progressive plus juste.

L’accès à une eau potable de qualité, à un prix abordable, devient un défi croissant. La raréfaction de la ressource et la dégradation de sa qualité pèsent de plus en plus sur le prix de l’eau et sur les conditions de son partage. Que la pollution de l’eau soit accidentelle, chronique, ponctuelle ou diffuse c’est au pollueur de supporter financièrement les dégradations qu’il provoque, le coût de leur réparation et des mesures à prendre pour qu’elles cessent.

« Nous voulons pouvoir boire de l’eau du robinet, partout, à un prix abordable »

Il n’est plus possible de laisser « du temps au temps ». Le discours de certains acteurs - « il faut nous laisser du temps pour faire évoluer nos pratiques » - n’est plus recevable. Depuis plusieurs décennies les politiques reposant sur des engagements volontaires, que la CLCV a soutenues à leurs débuts, ont permis certaines avancées. Mais elles ont montré leurs limites.

Pourquoi le prix de l'eau ne cesse-t-il d'augmenter ?

L’eau est un bien commun d’une valeur inestimable. Pourtant, son coût pour les usagers ne cesse d’augmenter. Le « prix de l’eau » correspond au coût de l’eau potable distribuée et du traitement des eaux usées (assainissement collectif et non collectif). Globalement l’augmentation du prix de l’eau et de l’assainissement découle de plusieurs facteurs qui peuvent se cumuler :

  • La dégradation de la qualité de la ressource avec l’accroissement du nombre et de la complexité des polluants.
  • La dégradation des réseaux de distribution d’eau et des réseaux d’assainissement.
  • Une application inéquitable du principe « pollueur-payeur ». Les ménages paient encore plus de 75 % du montant des redevances alors qu’ils ne sont pas les plus gros consommateurs ni les plus gros pollueurs.
  • La TVA sur l’assainissement collectif est de 10 % au lieu de 5,5 % pour l’eau.
  • Des structures tarifaires très pénalisantes pour les petits consommateurs et tous ceux qui font des efforts pour réduire leur consommation : abonnements eau et assainissement, pourtant non obligatoires, allant de 0 à plus de 156 € par an sans avoir consommé la moindre goutte d'eau.
  • Le coût de l’assainissement non collectif : en moyenne trois fois plus élevé que l’assainissement collectif.

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Qualité de l’eau : PFAS, pesticides et transparence

L’actualité rappelle régulièrement les enjeux liés à la qualité de l’eau distribuée : pollutions agricoles (pesticides, apports azotés), polluants industriels (métaux lourds et PFAS…) ou encore chlorure de vinyle monomère (CVM) et des infractions concernant l’eau en bouteille. En 2025, plusieurs communes ont dû restreindre l’usage de l’eau du robinet en raison de contaminations, notamment par les PFAS.

Depuis le 1er janvier 2026, le contrôle obligatoire de ces substances constitue un progrès. Mais les travaux scientifiques doivent se poursuivre et le principe de précaution doit être appliqué.

Bien que la majorité des eaux distribuées en France respectent les limites de qualité, il est essentiel que des valeurs sanitaires soient déterminées pour l’ensemble des polluants afin de faciliter les mesures de gestion et de garantir la sécurité sanitaire. La CLCV souligne l’importance de vulgariser les termes utilisés pour définir la qualité de l’eau (limite de qualité, valeur sanitaire) et de fournir des informations compréhensibles sur la qualité de l’eau.

La qualité de la ressource en eau est le premier indicateur des bonnes et mauvaises pratiques des activités humaines (industrielles, agricoles, domestiques). Pour avoir une bonne eau du robinet à un prix abordable, il faut d’abord disposer d’une ressource de très bonne qualité.

Les collectivités doivent renforcer la protection et le périmètre des zones de captages, et les ménages ont un rôle important à jouer dans la gestion de l’eau. Si l’eau n'est pas conforme, des solutions urgentes et de long terme doivent être définies.  Il est essentiel de vérifier la qualité de l’eau à domicile avant d’acheter des dispositifs de filtration dont l’efficacité et les coûts sont très variables.  La pollution de l’eau doit cesser : il est inacceptable que le consommateur en supporte le coût de dépollution. La CLCV plaide pour une transparence similaire entre l’eau du robinet et l’eau en bouteille, notamment sur leur composition, les traitements utilisés et l’impact des plastiques.

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Partage de la ressource : vers une gestion plus juste

L'inégalité croît entre les territoires en termes d'accès à une ressource en eau suffisante et de bonne qualité, notamment en période de forte chaleur, avec des restrictions et des coupures d'eau fréquentes. La CLCV insiste sur la nécessité d'une répartition équitable des efforts d'économie d'eau, en prenant en compte les types d'usages et l'efficacité des mesures prises. Elle propose de mieux maîtriser les consommations, dans l'habitat individuel et collectif, avec des actions comme la chasse aux fuites et la gestion des espaces extérieurs.

Concernant la sécurisation des approvisionnements, la CLCV admet les interconnexions entre les réseaux d'eau pour mieux partager la ressource, tout en évitant de diluer les polluants. En cas de crise, un consensus local doit déterminer la répartition des restrictions selon les besoins vitaux. L'agriculture, en particulier l'irrigation, est un point de tension, la CLCV recommande de revoir les subventions pour encourager les pratiques agricoles plus durables.

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Les 8 revendications de la CLCV pour l'eau

Afin de rendre effectif un accès égal à l'eau et à l'assainissement pour tous, sans discrimination, et sans obligation d'avoir recours à des dispositifs compliqués d'assistanat, la CLCV demande :

  1. La suppression des abonnements, ou leur réduction à la seule prestation de location/entretien des compteurs, non perçue d'avance.
  2. L’application d'une tarification progressive juste et équilibrée, avec des critères harmonisés.
  3. Une application équitable du principe pollueur-payeur.
  4. La réduction de la TVA sur l'assainissement collectif de 10 à 5,5 %.
  5. La suppression des frais d'accès aux services, d'ouverture et fermeture des compteurs.
  6. L’affectation d'une part des redevances à la modernisation des réseaux privés et au remplacement des équipements vétustes des ménages.
  7. La remise à plat de l'organisation et des coûts de l'ANC.
  8. Une inversion de la logique des prix : les produits agricoles issus de pratiques n’entraînant pas de pollution doivent, via une fiscalité incitative, être moins chers que les autres.

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