L'essentiel à retenir

  • Les produits hyperprotéinés (skyr, yaourts, barres…) sont en forte croissance, portés par les tendances santé et les réseaux sociaux.
  • Ils sont souvent plus chers, sans réel avantage nutritionnel pour la majorité des consommateurs.
  • Les apports en protéines sont déjà suffisants en France pour la plupart des adultes.
  • « Riche en protéines » ne garantit pas un produit sain, certains sont ultratransformés.
  • Il est utile de comparer le produit à sa version classique, car l’écart de teneur en protéines est parfois relativement limité.

Qui ne connaît pas le « skyr », ce yaourt islandais fortement protéiné, pauvre en matière grasse et qui, en à peine 2 ans, a pris la tête des ventes dans la gamme des produits protéinés ? Et il n’est pas le seul puisqu « on retrouve des yaourts à boire, des barres de céréales, des pâtes et même de la charcuterie enrichis en protéines », explique Selma Amimi, chargée de mission alimentation et développement durable à la CLCV.

Un secteur en forte croissance

Longtemps réservés aux sportifs et adeptes de musculation, les produits hyperprotéinés ont désormais toute leur place dans nos supermarchés. Même les marques de distributeur s’y sont mises.

« Le segment secteur de l’ultra-frais hyperprotéiné a augmenté de 27 % en 2025. L’engouement remonte à plusieurs années, mais les données montrent que la période post-Covid a marqué une accélération. Il y a en effet aujourd’hui un intérêt croissant des consommateurs pour les questions de santé et de bien-être. D’après une publication sur le skyr, 42 % des Français en consomment aujourd’hui. En 2021, seuls 17 % s’y intéressaient », indique Selma Amimi.

Un succès dont le mérite revient principalement aux influenceurs sur les réseaux sociaux, qui ont créé le lien entre le monde du sport et le grand public. Aujourd’hui, la protéine n’est plus seulement associée aux performances sportives, mais aussi au bien-être et à une alimentation jugée plus saine, qui permet la satiété et le maintien de la masse musculaire.

Des produits « marketing » plus chers pour un intérêt limité

Des produits que le consommateur paie souvent plus cher. « L’ajout de protéines, la modification des procédés industriels, le changement de packaging et le positionnement dans les rayons entraînent des coûts supplémentaires et un prix plus élevé sur ces produits. Mais quand on y regarde bien des alternatives existent à des prix plus bas », indique Selma Amimi. En effet, il suffit d’un petit tour dans les rayons pour s’apercevoir que le kilo de skyr peut atteindre entre 6 et 9 € pour 10 g de protéines, quand le fromage blanc classique et le petit-suisse coûtent 3 fois moins cher mais rivalisent largement avec la « star » en affichant 8 à 10 g de protéines.

Avons-nous besoin d’autant de protéines ?

Sur le plan nutritionnel, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation (ANSES) recommande un apport en protéines plutôt modestes, de 0,83 g/kg de poids corporel par jour pour un adulte, soit environ 10 à 20 % des apports quotidiens énergétiques. Cela représente pour un homme de 70 kg, 58 g de protéines par jour. 

Certaines situations particulières peuvent augmenter ces besoins. C’est le cas pour les personnes en convalescence à la suite d’une chirurgie ou d’une fracture, les sportifs, les femmes enceintes ou les personnes âgées. Mais les Français consomment déjà en moyenne, 1,4 g/kg/jour chez l’adulte avec une alimentation classique, soit presque deux fois les recommandations. Autrement dit : pour la majorité de la population, les besoins sont déjà largement couverts.

Des produits hyperprotéinés pas forcément sains

Une des autres grandes confusions entretenues par le marketing est d’associer « riche en protéines » à « bon pour la santé ». Les emballages avec des mentions comme « riche en protéines », « source de protéines » jouent sur ce message. En effet, un produit peut afficher l’allégation « source de protéines » si au moins 12 %* de son apport énergétique provient des protéines, et « riche en protéines », s’il en contient au moins 20 %*. 

Or, certains produits hyperprotéinés, malgré leurs hautes teneurs en protéines, sont en réalité des aliments ultratransformés*. Pour améliorer leur texture, le goût et la conservation, certains contiennent des édulcorants, des arômes artificiels, des additifs, des sucres ajoutés, des épaississants et des émulsifiants. Des ingrédients qui peuvent être absents de leur version classique. Et plus la liste des ingrédients est longue, plus le produit est susceptible d’être transformé. Et ce n’est pas sans risque : « que les produits soient enrichis en protéines ou non, lorsqu’ils contiennent des additifs et des ingrédients transformés, leur consommation doit être modérée. Une étude récente suggère qu’une exposition fréquente à certains additifs, notamment certains émulsifiants ou agents de texture, pourrait être associée à un risque accru de diabète de type 2 », explique Selma Amimi.

Sans oublier que lorsque ces produits sont consommés trop fréquemment, ils peuvent favoriser un déséquilibre alimentaire. Les consommateurs risquent alors de délaisser d’autres aliments essentiels comme les fruits, les légumes, les féculents ou encore les sources de protéines simples.

Les bons réflexes face aux produits hyperprotéinés

Pour les consommateurs, la vigilance est de mise : un produit enrichi ne garantit pas, à lui seul, une alimentation équilibrée ni une bonne santé. Comme le rappelle Selma Amimi : « lorsqu’un produit met en avant des allégations nutritionnelles et de santé, il est important de ne pas s’y fier aveuglément. Il est utile de comparer le produit à sa version classique, car l’écart de teneur en protéines est parfois relativement limité. Le Nutri-Score peut également être un outil précieux pour comparer les produits d’un même rayon sur le plan nutritionnel. »

* Source : Règlement du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires - Règlement - 1924/2006 - EN – EUR-Lex ** Enquête santé : 10 aliments ultra-transformés démasqués par foodwatch

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