Poubelle verte pour le verre, poubelle jaune pour les emballages en carton et en plastique... Une fois le tri effectué par les par-ticuliers, les déchets d’emballages font l’objet d’une collecte sélective et prennent la route d’un centre de tri. C’est dans cette infrastructure que sont séparés les différents matériaux qui sont ensuite préparés et conditionnés afin d’être envoyés vers les filières de recyclage pour que la matière recyclée soit ensuite réincorporée dans de nouveaux produits. Par exemple, une bouteille en PET (1) sera envoyée dans une filière de recyclage spécifiquement dédiée à la valorisation de ce type de résine. 

Il y a 25 ans, au début de la collecte sélective, la séparation des matériaux d’emballages (plastique, carton...) dans les centres de tri était réalisée visuellement et manuellement par un agent. Très vite la technologie a amélioré cette opération pour l’automatiser, la rendre plus précise (trier par typologie d’emballages : taille, forme, type de résine pour les emballages en plastique...) et rapide avec la reconnaissance optique de l’emballage. Aujourd’hui, les ingénieurs travaillent pour rendre la séparation des matériaux plus fine et améliorer la qualité du tri. C’est ce que permettrait le « tatouage ou filigrane numérique ». 

En quoi consiste le filigrane numérique ?

Le « tatouage numérique » est un QR Code (voir encadré) invisible à l’œil nu, apposé sur toute la surface de l’emballage et qui contient sa fiche technique. Il est lu par une simple caméra, telle une caméra de téléphone, ce qui permet de bien orienter l’emballage vers le bon flux et ainsi d’optimiser sa valorisation. Concrètement, il indiquera à la ma- chine s’il s’agit, par exemple, d’un emballage alimentaire ou non. Il ne remplace pas le tri optique mais le complète. Les filigranes numériques contribuent ainsi à améliorer le tri industriel en diminuant les pertes de matières à recycler.                                   

Pourquoi un filigrane numérique ?

Actuellement, certains emballages sont difficiles voire impossibles à détecter par les machines équipant les centres de tri et ils ne sont donc pas recyclés. C’est le cas des emballages rigides (bouteilles, bar- quettes, pots...) en plastique sombre, c’est-à-dire de couleur foncée. La couleur sombre, obtenue grâce à l’utilisation de solutions colorantes contenant du noir de carbone, empêche ces emballages d’être recyclés : le pigment absorbe le rayonnement infrarouge de la reconnaissance optique de l’emballage et ne permet pas à ce dernier d’être identifié pour être orienté vers sa filière de recyclage. 

Utilisé dans de nombreux secteurs d’activité (boisson, alimentation, bricolage...), ce type d’emballage est très présent sur le marché. Il faut donc trouver une solution pour le recycler. Le filigrane numérique permet leur reconnaissance de manière simple par la machine. Autre atout du filigrane numérique : permettre l’identification et la séparation des emballages qui ont contenu des aliments des autres emballages (bricolage...). Un gros coup de pouce pour le travail des recycleurs qui favorisera l’intégration de matière recyclée pour la fabrication de nouveaux emballages alimentaires.

Une solution en phase de test

Lauréate du Circular Challenge, concours d’innovation pour l’économie circulaire organisé par l’éco-organisme Citeo chargé de réduire l’impact environnemental des emballages et des papiers, l’entreprise américaine Digimarc a développé un filigrane numérique à intégrer directement aux emballages plastique. Avant de pouvoir équiper les emballages mis sur le marché en France de ce type de technologie, une phase de tests est néanmoins nécessaire. En ce sens, dès 2021, les filigranes numériques seront apposés sur certains emballages et testés à échelle industrielle, dans  plusieurs centres de tri. 


« Citeo, qui soutient le développement de cette technologie dans le cadre de son programme d’open innovation Circular Challenge, a la conviction que les filigranes numériques sont une des innovations qui contribue- ront à l’atteinte du 100% solutions pour les emballages et les papiers » souligne Sophie Genier, Directrice services recyclage de Citeo. « Citeo apportera son expertise tout au long des phases de tests techniques et industriels, et pourra contribuer au déploiement des filigranes numériques, si les résultats sont concluants » conclut-elle.

Qu’est-ce qu’un QR Code ?

Le QR Code, « Quick Response Code », est un code-barres en deux dimensions (2D) composé de petits carrés noirs et blancs et dont l’ensemble a une forme carrée. En le scannant avec un smartphone il est possible, par exemple, d’accéder à une page internet. On le retrouve dans notre vie quotidienne sur de nombreux supports : flyers, revues ou depuis la Covid-19 sur de plus en plus de tables de bars et de restaurants pour accéder à leur menu en ligne sur son smartphone.

                                     

1. Le polyéthylène téréphtalate est l’une des résines de plastique les plus commu- nément utilisées dans la fabrication des bouteilles pour boisson.

Crédit photo : © Citeo