Selon Ademe, nous gâchons chaque année 29 kg de nourriture par personne dont 7 kg de produits alimentaires non consommés encore emballés. Il faut y ajouter les déchets de la restauration collective ou commerciale. Toutes les étapes de la chaîne alimentaire, production, transformation, distribution et consommation, participent aux pertes et gaspillages alimentaires.

Les dispositions législatives

La loi du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire oblige les supermarchés de plus de 400 m2 à donner leurs invendus aux associations caritatives qui en font la demande. Autre mesure, l’interdiction, pour les distributeurs alimentaires, de rendre impropres à la consommation des invendus encore consommables (déverser de la javel sur des aliments intacts mais non vendus par exemple).

Le député Guillaume Garot à l’origine de la proposition de loi de 2016 en a effectué récemment le bilan. Il est « très positif ». Il estime que 98 % des grandes surfaces distribuent leurs invendus aux associations caritatives. Le Secours populaire dans le Nord a ainsi vu ses dons augmenter de 40 %. La loi alimentation adoptée en novembre 2018 a étendu l’obligation de don aux maisons de retraite et aux cantines scolaires.

Si ce constat est encourageant pour limiter les déchets alimentaires, le député propose de nouvelles mesures pour étendre le don à encore plus d’établissements.

La CLCV engagée contre le gaspillage

La lutte contre le gaspillage alimentaire n’est pas seulement l’affaire des pouvoirs publics. Le dynamisme des associations et leur présence sur l’ensemble du territoire en font des acteurs majeurs pour faire évoluer les pratiques de la consommation alimentaire. Cette année, la CLCV a participé à une opération majeure sur ce thème. En partenariat avec l’ADEME, nous avons permis à 100 foyers de mesurer l’importance du gaspillage alimentaire durant plusieurs semaines et proposer des gestes pour limiter celui-ci au quotidien. Notre association jouera aussi un rôle important pour informer les particuliers sur l’obligation de trier les biodéchets, les déchets naturels biodégradables, à partir de 2025.

Chaque année à l’occasion de la Semaine européenne de réduction des déchets, nos associations locales s’engagent dans une démarche éducative pour promouvoir le développement durable. Elles organisent partout en France des animations : ateliers cuisine pour apprendre à réutiliser les restes alimentaires, démonstrations sur le gaspillage d’eau, information sur les dates limites de consommation…

Pierre Ravenel_3 questions à…
Pierre Ravenel, président co-fondateur d’Excellents Excédents

Comment est né Excellents Excédents ? 
Mes deux associées et moi étions accompagnateurs sur le sujet du gaspillage alimentaire en restauration collective. Nous aidions les organisations à mener à bien un diagnostic sur leur gaspillage alimentaire, à en identifier les causes et à trouver des solutions pour y remédier. Partant du constat qu’il n’était pas possible d’atteindre le gaspillage zéro, nous nous sommes demandés ce que l’on pouvait faire avec ces excédents incompressibles de repas parfaitement comestibles. C’est comme ça qu’est née l’aventure Excellents Excédents : réutiliser le surplus de repas de la restauration collective pour en faire des repas solidaires et ainsi lutter contre le gaspillage et générer des emplois.

Quel est votre quotidien ?
Chaque jour, nous faisons la tournée de 3 à 5 de nos donateurs - généralement des cuisines centrales- pour récupérer leurs excédents de repas. Ils sont principalement sous forme de barquettes filmées prêtes à consommer et, plus ponctuellement, ce sont des produits bruts tels que des fruits. Nous les transportons et les stockons en assurant la chaîne du froid. Nous les enregistrons pour assurer une traçabilité complète des produits, de leur récupération à leur redistribution. Nous sommes très rigoureux sur ce point afin de répondre aux exigences réglementaires de qualité et de sécurité alimentaire. À partir de ces plats, nous composons un repas complet (entrée, plat, accompagnement et dessert), que nous livrons aux organismes d’aide alimentaire comme l’Armée du Salut ou les Restos du coeur.Logo EE_300_All

Vous venez de fêter vos un an de fonctionnement. Quel bilan en dressez-vous ?
Pour créer Excellents Excédents nous avons dû surmonter bien des difficultés : convaincre des donateurs (sans qui nous ne pourrions pas fonctionner), identifier des receveurs, mettre en place les moyens adaptés (chambre-froide, véhicule frigorifique...). Mais nous avons reçu le soutien financier de plusieurs institutions ou acteurs de l’économie sociale et solidaire et aujourd’hui nous générons une activité suffisante pour subvenir à nos besoins financiers et créer de l’emploi. Nous avons commencé à livrer 30 repas par jour, un an après nous en fournissons 200 et ce chiffre est en constante augmentation.