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Mediator : laboratoires, agences et médecins sur la sellette

vendredi, 18 mars 2011 12:05
Mediator : laboratoires, agences et médecins sur la sellette

La CLCV a recueilli une centaine de témoignages de personnes qui ont pris du Mediator et saisi la justice pour que les responsables soient identifiés et sanctionnés.

 

Après le sang contaminé, l’hormone de croissance et le Distilbène, l’affaire du Mediator a pris les dimensions d’un nouveau scandale sanitaire. Ce médicament prescrit à 5 millions de patients depuis sa mise sur le marché en 1976 aurait causé de 500 à 2000 morts.

Un rapport accablant

Dans un rapport publié le 15 janvier 2011, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) revient de manière détaillée sur la façon dont les laboratoires Servier, fabricant du Mediator, se sont employés à faire passer ce coupe-faim pour un médicament adapté au traitement du diabète.

Servier a notamment cherché à dissimuler  « les liens de parenté » très étroits existant entre le Mediator et d’autres coupe-faim du même acabit.

Il existe ainsi une étroite similitude entre le Mediator et l’Isoméride un médicament « anti-obésité » agissant, lui aussi, sur les centres nerveux régulant l’appétit. Or, dans les années 1990, l’Isoméride, mis au point par le même laboratoire Servier, avait dû être retiré du marché en raison de ses effets secondaires cardiaques et pulmonaires. Aux USA, l’Isoméride a donné lieu à l’une des plus importantes « class actions » jamais engagée. Et le groupe American Home Product, qui avait acheté les droits de commercialisation à Servier, avait dû débourser 3.75 milliards de dollars pour indemniser les patients.

Effets secondaires

Dès les années 1990, des effets secondaires similaires et parfois très graves sont signalés chez des personnes traitées au Mediator. Quant à son efficacité dans le traitement du diabète elle est régulièrement remise en doute.

Pour autant l’Afssaps, l’agence chargée de l’évaluation, de l’autorisation et de la vigilance du médicament, ne réagit pas. Manque de moyens, dilution des responsabilités et conflits d’intérêts entre les évaluateurs et l’industrie sont à l’origine de cette inertie aux conséquences désastreuses.

Il faudra attendre que des médecins, en particulier la pneumologue Irène Frachon, montent au créneau, pour que la lumière soit faite sur les dangers du Mediator. Au final ce n’est qu’en 2009, soit 6 ans après l’Espagne et 4 ans après l’Italie, que la France finit par le retirer du marché.

Tromperie de la part du fabricant, négligence et passivité des instances d’évaluation et des pouvoirs publics : le tableau est sombre et a de quoi inquiéter l’ensemble des usagers.

Pour perdre des kilos

Mais ce n’est pas tout : dans 20 % des cas, le Mediator a été prescrit en dehors des usages pour lesquels il était autorisé. Alors qu’il est en théorie destiné aux diabétiques et aux personnes présentant un excès de triglycérides dans le sang, le Mediator est largement consommé par des personnes qui souhaitent perdre quelques kilos. Certes, il s’agit là d’une pratique admise, mais qui engage encore davantage la responsabilité des médecins.

Témoignages

La CLCV, qui a recueilli à ce jour une centaine de témoignages de personnes ayant pris du Mediator, a décidé d’agir en justice : l’association a assigné les laboratoires Servier devant le tribunal de grande instance de Nanterre pour tromperie aggravée.

Nous entendons ainsi faire valoir le droit universel des consommateurs à des produits sûrs et à une information loyale. Par ailleurs, il est évident que l’affaire du Mediator est symptomatique d’une faillite de toute la chaîne d’évaluation, de vigilance et de prescription du médicament. C’est bien l’ensemble de ce système qu’il convient aujourd’hui de refonder.

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